lundi 3 juin 2013

Les élèves du lycée Callot rencontrent Oliver Péru



A quel âge avez-vous commencé à écrire ou dessiner ?
Moi j’ai voulu, dès que j’étais gamin, écrire, dessiner, raconter des histoires. C’était un vrai rêve d’enfant ; je ne me suis pas beaucoup posé de questions, rien ne m’intéressait, donc du coup, dans ma jeunesse j’ai tout le temps écrit, dessiné, en me disant : quand je serai grand je ferai le métier que j’aime.

Comment et pourquoi avez-vous eu envie de devenir écrivain ?
Comment je suis devenu écrivain ? En travaillant beaucoup car ce sont des métiers exigeants, où on a besoin d’être bon, de savoir écrire, de se remettre en question tout le temps. J’ai fait un gros travail personnel, tout seul dans mon coin, jusqu’à ce que je me frotte à des éditeurs. Petit à petit, ça m’a permis de progresser et d’être publiable.
Pourquoi je suis devenu écrivain ? J’avais ça en moi depuis tout petit. Quand j’étais au collège, tout ce que j’ai mis dans ma feuille d’orientation était incompris : écrivain, réalisateur de film… Ma prof m’a dit : « tu vas d’abord mettre un vrai métier, on va essayer de t’orienter, ces trucs là c’est pas pour toi ». Mais moi, l’envie a toujours était là et je ne me suis pas posé de question.

Préférez-vous écrire un roman ou une BD ? L'un est-il plus facile que l'autre ?La BD c’est mon premier amour ! Pendant des années, je n’ai lu que de la BD. J’avais la chance de bien dessiner, et dès que j’ai été capable de dessiner professionnellement, vers 21 ans, j’envoyais mes dessins partout. Je voulais aussi très vite raconter mes histoires, et ne pas être un simple dessinateur. Les éditeurs m’ont fait confiance ; au bout de 5-6 ans je passais mon temps dans la BD, je ne faisais plus que ça. Le métier de dessinateur de BD est très difficile et très exigeant : ça demande une vraie discipline, c’est un vrai sacerdoce de dessiner tout le temps. Et bien sûr, dès que vous arrêtez de dessiner, ça se voit tout de suite sur le compte en banque ; alors il faut recommencer… Vers 27-28 ans, dans les projets d’avenir, il y avait aussi écrire des romans, aller vers le cinéma. Pendant une année j’ai écrit, en arrêtant tout ce que j’avais en cours en dessin, mon premier roman « Druide ». Je l’ai proposé à un éditeur, qui l’a pris tout de suite. Le livre a marché, ça m’a mis le pied à l’étrier. Depuis, je continue à dessiner un peu, je fais des couvertures, je travaille sur des films, des story bords, mais je ne dessine plus de BD, car c’est vraiment trop chronophage.  J’ai passé 7-8 à ne faire que du dessin de BD, et peut être les 10 prochaines années seront consacrées à l’écriture de romans. Dans mes envies, il y a plein de projets différents, j’ai un métier qui me donne la chance d’aller vers plusieurs pistes : je peux m’amuser… En ce moment, je suis en mode écriture, mais le dessin m’a permis de devenir professionnel, de me faire connaître, de connaître le milieu, les éditeurs…

C’est vous qui avez fait la couverture de votre roman ?
Oui, elle est bien faite, n’est ce pas ?

Vous dites que la BD est en stand-by, mais il y a quand même des séries en route comme les zombies ?
En fait j’ai plusieurs séries, ce que j’ai mis en stand-by c’est le dessin de BD. J’avais des séries qui marchaient dont mes éditeurs m’ont proposé de travailler avec d’autres dessinateurs ; et c’est beaucoup moins long d’écrire une BD que de la dessiner. Pour la série des zombies, je ne fais que les scénarios.

Comment est né Druide ?
L’histoire de Druide m’est apparue en 5 mn : je regardais la série X-Files, je griffonnais des trucs pour un autre projet et j’ai pensé à cette forêt avec des druides. J’ai alors commencé à dessiner quelques armoiries, quelques armes, et tout en dessinant les personnages me sont apparus. Comme je n’écris jamais sans savoir comment finit l’histoire, la fin m’est apparue tout de suite. De même que le grand secret sur lequel l’histoire est basée… En peu de temps, j’avais une histoire et des personnages, quelque chose que j’avais envie de décrire et d’écrire en mots, plus qu’en dessins. A ce moment là, je me suis dit : Ca c’est mon premier roman ! Evidemment, j’ai fait des retouches, des modifications, j’ai réfléchi à mon histoire, aux retournements de situation, à mes personnages, mais j’avais le bouquin dans ma tête.

Comment faites-vous pour trouver les noms de vos personnages ?
Ca c’est vraiment étrange… souvent je me dis que les personnages ont des noms de chocolat blanc, pas super sexy, alors j’essaye de mettre des noms qui ont une sonorité, un son qui évoque quelque chose. Pour les personnages du royaume du Nord, beaucoup de noms finissent en « sson ». Sans réfléchir vraiment, j’essaye de leur trouver une sonorité qui fait que l’on peut deviner leur origine.

Comment prononcer le nom de votre héros ?
Moi je dis Obrigane, il est dans ma tête depuis 10 ans, il est venu tout seul quand j’ai commencé Druide, ça allait bien au personnage.


Pouvez-vous nous parler de Martyrs, votre nouveau roman ?
Ca c’est compliqué… Dans Druide j’ai travaillé sur le mystère, le côté écologique, la forêt avec beaucoup d’hommes. Dans Martyrs, une série en trois tomes, j’ai eu beaucoup plus de d’espace ; l’amour et la guerre sont les deux mots qui définissent le mieux le livre. C’est un univers proche de Druide, mais moins fantastique, plus sombre et réaliste. C’est l’histoire de deux frères, assassins de métier, qui tuent sur commande ; ils sont experts dans l’art du meurtre, mais ils vivent dans l’ombre, le silence, les ténèbres. Ils vont se retrouver mis en lumière quand ils devront protéger une princesse. Je n’aime pas trop le mot « princesse », mais c’est un cliché avec lequel je voulais travailler. Ils vont apprendre à vivre en plein jour, avec un nouvel entourage. Il y a des enjeux politiques, des intrigues de cour. Ces personnages, comme dans « Les rois maudits » ou « Trône de fer », ont des destins très forts, attirés par le pouvoir. La deuxième du livre sera plus épique…

Comment fait-on pour écrire une trilogie ? Avez-vous déjà toute la trame, la fin ?
J’ai une technique d’écriture assez particulière. Je ne démarre jamais une histoire sans savoir où j’emmène les personnages. Après, rien n’est fixé, quant au chemin pour y arriver… Il y a des auteurs qui collent des post-it partout ; ma méthode est à l’opposé. J’ai une idée, je la fixe dans ma tête mais je m’interdis de prendre des notes, afin d’empêcher l’histoire d’évoluer. J’ai ma trame mentale, comme un grand puzzle. Tout cela tourne en permanence dans ma tête, je dors mal la nuit et quand j’écris tout devient simple car j’ai tellement réfléchi à l’histoire que j’écris très vite. Je deviens un canal par lequel passe le récit. Je n’ai plus besoin de me dire comment parle untel, car le personnage a pris vie, il a trouvé sa voie. C’est un travail très émotionnel ! Pour le style, je fais toujours une relecture, je fais attention aux répétitions, à la qualité de l’écriture, du dialogue, aux incohérences. Le fait de ne pas prendre de notes me permet de me laisser surprendre par mon histoire ; si cela me surprend, il devrait en être de même pour le lecteur.

Vivez-vous de vos revenus de dessinateurs et d'écrivains ?
Au début, j’ai galéré pendant 3-4 ans, en travaillant 70 heures par semaine. Quand le succès commence à s’installer, que tu te crées un public, les libraires te suivent, les lecteurs aussi ; puis les livres se vendent à l’étranger. Je peux en vivre bien maintenant et travailler sur les projets que j’aime.

Pourquoi est-ce que sur certains ouvrages vous signez Olivier et Oliver sur d'autres ?
Quand j’étais môme, mon rêve c’était de faire les X-Men, de bosser avec Marvel, d’écrire des romans, d’être Stephen King… et j’étais persuadé, peut-être à tort, qu’il n’y avait que les américains qui étaient bons. En conséquence, pour bien vendre, je pensais qu’il me fallait un pseudo américain, parce que c’était un rêve d’enfant. J’ai réfléchi pendant un an, et j’ai enlevé le « i » de Olivier, pour éviter les pseudos auxquels personne ne croirait.
Certains amis, hyper inquiets, m’appellent pour me dire qu’il y a une erreur de typo sur la couverture ! Ca fait aussi une scission entre mon travail en BD et en roman.


Avez-vous lu les autres livres de la sélection ?
Non, car quand on est professionnel, on a moins de temps pour lire… Je m’intéresse aux ouvrages 2-3 ans après leur sortie, et la plupart du temps sur des conseils.

Est-ce long d'écrire un livre comme Druide ?
J’ai la chance de ne pas beaucoup dormir, j’écris assez vite sur plusieurs projets en même temps. Pendant trois jours je vais travailler à fond, sans jamais sortir. Au bout d’une centaine de pages, je suis content de moi, et si ce n’est pas le cas, je passe à un autre projet. L’avantage d’être auteur c’est que l’on est très libre, on gère son emploi du temps comme on veut : je travaille beaucoup mais quand ça me plait.

Ecrivez-vous à l'ordinateur ou à la main ?
Plus jeune, j’écrivais à la main, maintenant j’utilise un ordinateur : ça permet de retravailler le texte plus facilement.

Avez-vous des conseils à donner  ceux qui voudraient se lancer dans l'édition ?
Ne jamais cesser d’y croire : Si tu as envie d’écrire, il faut toujours y croire. Professionnellement, il  faut être très pragmatique, surtout en ce moment. Il faut rester optimiste. Ne commence pas par une série en 25 tomes de 700 pages, en te disant « je vais refaire mon star Wars », avec 400 personnages. Il faut viser un éditeur, en écrivant un livre qui rentre dans leur catalogue et pour cela en essayant de connaître les recettes des auteurs publiés chez cet éditeur. Ensuite faire un  « one shot », ce que j’ai fait pour Druide, en n’engageant ni lecteur ni éditeur sur plusieurs tomes. Soyez ambitieux au niveau des idées, si c’est un bon livre votre éditeur en voudra d’autres. Il ne faut pas écrire, pour la fantasy en tous cas, une histoire vue 15 fois. Avec dragons, chevaliers, forêt, il va falloir recréer l’arène de votre histoire.

Avez-vous travaillé pour le cinéma ?
J’ai fait pas mal de story-bords sur des films ou des séries TV. En ce moment je travaille sur une série de Simon Astier, Hero Corp. J’ai travaillé avec Kev’ Adams pour Super ado pour le cinéma et en ce moment j’écris une série TV pour France 2.

Aimeriez-vous que Druide soit adapté au cinéma ?
J’aimerais beaucoup. Mon écriture est cinématographique ; j’ai quelques amis réalisateurs qui seraient intéressés par le projet mais on se heurte à des contraintes financières (décor, armures, chevaux…). Pour l’instant le livre fonctionne très bien ; pour Martyrs les droits ont été achetés par la TV mais c’est un projet très compliqué.


Où avez-vous appris à dessiner ? Quelle est votre formation ?
J’avais des bonnes notes à l’école donc on me laissait tranquille, mais j’étais au fond de la classe et je dessinais… ou j’envoyais des boulettes. J’ai obtenu un bac économie pour faire un « truc cool », les profs m’aimaient bien mais je ne faisais pas mes devoirs. Après mon bac je me suis inscrit dans une fac de droit, parce que c’était à côté de chez moi, et justement j’ai passé l’année chez moi, à dessiner. Après coup, mes parents m’ont dit de faire une fac où on dessine, et donc je me suis inscrit en Arts plastiques, en me disant « chouette je vais dessiner ». Sauf qu’il y avait 2 heures de dessin par semaine… J’ai quand même été jusqu’en licence où j’ai fini premier en étant jamais là. Au cours de ma 3ème année, je commençais à avoir des contrats en tant que dessinateur : je suis donc une très mauvais exemple…

Allez-vous continuer dans le genre fantasy ?
Quand j’étais plus jeune j’adorais les livres et les films d’horreur. J’ai vu plusieurs fois « Vendredi 13 » quand j’avais 7 ans. J’avais un vrai amour pour les monstres et les créatures ; le 1er livre que j’ai lu c’était « les dents de la mer ». J’ai d’ailleurs maintenant aussi envie d’écrire des polars et des choses plus réalistes : je vais essayer d’explorer tous les thèmes que j’aime bien. J’adore les zombies, j’écris une série de BD sur ce thème ; aujourd’hui tout ce que j’ai aimé enfant apparaît dans mes livres. Pour l’instant, j’écris ce que j’ai aimé et après on verra !

Quel est votre personnage préféré ? pourquoi ?
J’ai une tendresse particulière pour Obrigan et pour Jareckson, un personnage très humain, un peu brisé.

Qu'avez-vous ressenti en apprenant que vous alliez recevoir le prix lycéens des Imaginales ?
Quand ils m’ont prévenu, j’ai eu peur que Druide soit trop sombre, et de « gaver » les lycéens. Du coup je suis surpris et très heureux d’avoir le prix.

Un dernier mot pour finir ?
Il ne faut pas se mettre de frein ; si tu commences à te dire « les gens ne vont pas aimer, ça ne va pas marcher », tu te bloques, et tu n’avances plus. Si l’envie est là, il faut y aller. Quand je ferai du polar, je ne me poserai pas la question de savoir si mes lecteurs vont me suivre, j’irai peut être chercher de nouveaux lecteurs, ce qui fut le cas en passant de la BD au roman.



samedi 1 juin 2013